Martin Schongauer « Le bel immortel » au Louvre

Martin Schongauer « Le bel immortel » au Louvre

Depuis le 8 avril et jusqu’au 20 juillet 2026, le musée du Louvre propose une redécouverte de Martin Schongauer, un artiste majeur de la fin du XVe siècle encore relativement méconnu du grand public. À travers près d’une centaine d’œuvres, l’exposition met en lumière la richesse d’une production qui oscille entre peinture, dessin et surtout gravure, domaine dans lequel il atteint une maîtrise exceptionnelle.

///Chloé Hamon

 

Martin Schongauer, Vierge folle à mi-corps, XVe siècle, Gravure au burin, Musée du Louvre, Département des Arts graphiques, Inv. 247 LR

Né à Colmar vers 1445 dans une famille d’orfèvres, Schongauer hérite d’un rapport extrêmement précis au trait et à la matière. Sans exercer ce métier, il en transpose les exigences techniques dans l’usage du burin, qu’il porte à un degré de perfection rarement égalé. L’exposition permet ainsi de comprendre comment cet héritage artisanal devient un langage artistique singulier, où finesse du détail et rigueur du dessin soutiennent une expression profondément narrative.

Martin Schongauer et son atelier, Noli me tangere (« Ne me touche pas ») et L’Incrédulité de saint Thomas, deux panneaux du Retable des Dominicains, vers 1475-1480, Huile et tempera sur bois de résineux, Colmar, Musée Unterlinden, inv. 88.RP.453

Le parcours s’organise en deux grandes sections. La première est consacrée à la vie et à l’œuvre de l’artiste, réunissant un ensemble exceptionnel de gravures, de dessins et, fait rare, la quasi-totalité de ses peintures connues. Parmi elles figure la Vierge au buisson de roses de 1473, unique œuvre datée de sa main, qui témoigne de son sens de la composition et de son attention à la nature. L’exposition réussit à souligner la polyvalence de Schongauer, capable de passer d’un support à l’autre.

Martin Schongauer, Le Griffon, vers 1470-1475, Gravure au burin, Musée du Louvre, Département des Arts graphiques, Inv. 253 LR

La seconde partie élargit la perspective en étudiant la postérité de son œuvre. Ses gravures, largement diffusées en Europe dès la fin du XVe siècle, ont exercé une influence considérable sur plusieurs générations d’artistes. Le parcours confronte ses créations à des œuvres allant jusqu’au début du XVIIe siècle, montrant comment ses motifs et compositions ont été repris et transformés. Cette circulation des images, permise par l’estampe, fait de Schongauer une figure essentielle de l’émergence d’une culture visuelle européenne.

Martin Schongauer, Retable de saint Barthélemy et de sainte Marie-Madeleine, vers 1470, Huile sur bois(tilleul), Comar, musée Unterlinden, inv. 88.RP.538

Réunissant des œuvres de formats très variés, de la petite estampe aux grands retables, l’exposition met en évidence la richesse de ses pratiques et les enjeux de leur présentation contemporaine, invitant le visiteur à circuler entre intimité du détail et monumentalité des ensembles.

Martin Schongauer, L’Annonciation, la Vierge, vers 1470-1475, Gravures au burin, Musée du Louvre, Département des Arts graphiques, inv. 185 LR

Ainsi, le Louvre propose un événement majeur pour la connaissance de l’art du XVe siècle. En redonnant toute sa place à cet artiste que Dürer surnommait le « beau Martin », le musée réévalue l’importance d’un créateur dont l’influence dépasse largement son époque.

Légende de l’image mise en avant : Martin Schongauer, Vierge à l’Enfant à la fenêtre, vers 1475, Huile sur bois (tilleul), Los angles J. Paul Getty Museum, inv. 97.P.B.23

 

Carrousel du Louvre