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Lucio Fontana à la Galerie Karsten Greve

La Galerie Karsten Greve consacre, du 24 avril au 27 juin 2026, une exposition au sculpteur Lucio Fontana, centrée sur un aspect fondamental mais encore trop peu exploré de son œuvre : la céramique. À travers un ensemble de pièces réalisées entre les années 1930 et 1960, cette présentation met en lumière la manière dont le travail de la terre a nourri, dès ses origines, les recherches les plus radicales de l’artiste.

///Chloé Hamon

Lucio Fontana, Torso italico, circa 1938, céramique, polychrome, 168 x 107 x 74 cm, © Galerie Karsten Greve

Loin d’être un simple médium secondaire, la céramique constitue chez Fontana un terrain d’expérimentation décisif. Initié très jeune au contact de son père, sculpteur de monuments funéraires, il développe une relation directe et instinctive à la matière

Ce jeu avec la matière se ressent avec la sculpture de plus d’un mètre, le Torso Italico, qui fait appel aux canons de la statuaire antique. Cependant, Lucio Fontana en détourne les codes en fragmentant la figure le corps apparaît alors à la fois puissant et fragile.

Lucio Fontana, Battaglia, 1947, Céramique émaillée, 15 x 28.5 x 22 cm, © Galerie Karsten Greve

L’exposition révèle également une dimension plus libre et ludique du travail de l’artiste. En collaboration avec le céramiste futuriste Tullio Mazzotti, il développe un univers peuplé d’animaux, de fruits et de formes organiques. Certaines œuvres témoignent d’une inventivité joyeuse, où couleurs éclatantes et volumes ondoyants donnent aux pièces une vitalité presque animée. À la frontière entre sculpture et artisanat, ses créations renouvellent les formes traditionnelles

Lucio Fontana, Il Guerriero, 1949, Céramique émaillée, 118 x 66 x 29 cm, © Galerie Karsten Greve

Dans les années 1940, Lucio Fontane est marqué par la guerre et commence des œuvres avec pour thème le conflit et la violence. Ses sculptures ne sont pas la directe représentation de ces thèmes, il transforme la matière pour rendre des œuvres aux courbes dynamiques comme chorégraphiées.

Comme avec l’œuvre Battaglia, les contours se brouillent ce qui donne une sensation d’instabilité et d’intensité à la sculpture. Cette même intensité se retrouve dans ses figures du Christ, où la matière semble vibrer sous la pression du geste, entre souffrance et énergie spirituelle.

Lucio Fontana, Concetto Spaziale, 1951, Terre cuite, peinte, 23 x 30 cm, © Galerie Karsten Greve

L’exposition met surtout en évidence l’évolution décisive de son langage plastique. Avec les Concetti spaziali, Lucio Fontana introduit des perforations dans la surface. Cette démarche s’inscrit dans sa recherche nommée, le Spatialisme, théorisé dès 1946 dans son manifeste. Fasciné par les avancées scientifiques et la conquête spatiale, il cherche à ouvrir l’œuvre à une dimension cosmique.

Lucio Fontana, Deposizione dalla Croce, 1955, Céramique émaillée, 53 x 35 cm, © Galerie Karsten Greve

Cette recherche trouve un aboutissement dans les Natura de la fin des années 1950, grandes formes sphériques entaillées ou creusées, inspirées par les premières images de la Lune. Les œuvres de Lucio Fontana sont les témoins d’une perpétuelle recherche de l’artiste et d’un dialogue constant avec l’époque qui l’entoure.

 

Lucio Fontana, Concetto spaziale, Natura, 1959-1960, Terre cuite, peinte à la main, 59.5 x 57 x 62 cm, © Galerie Karsten Greve

En réunissant ces différentes périodes, la Galerie Karsten Greve propose une lecture approfondie de l’œuvre de Fontana, révélant une pensée en évolution où matière, geste et espace redéfinissent les limites de la sculpture.

Légende de l’image mise en avant : Lucio Fontana avec Concetti spaziali, Naturaalbisola, 1959-1960, Courtesy of Fondazione Lucio Fontane, © Galerie Karsten Greve