Bernard Buffet et l’érotisme désenchanté 

Bernard Buffet et l’érotisme désenchanté 

La Galerie Maurice Garnier, exclusivement dédiée à l’oeuvre de Bernard Buffet, revient sur une période moins étudiée dans la peinture de cet artiste majeur du XXe siècle, avec une exposition sur le thème de l’érotisme.

 

 

/// Emma Boutier

 

 

Reconnu pour son style anguleux et sa palette sombre, Bernard Buffet peint des scènes mélancoliques intensifiées par des lignes noires acérées. Son oeuvre édifie un univers grave, à l’opposé du plaisir sensuel et du désir stimulant. Dans ses peintures érotiques, la balance pulsionnelle semble pencher davantage vers le Thanatos.

Buffet propose une approche distanciée et crue d’un érotisme désidéalisé. Les corps émaciés sont traités avec une rigueur formelle qui dégage une froideur et appelle la répulsion, dans un mouvement inverse à l’attrait que devait susciter le nu traditionnel. L’absence de pudeur, associée au détachement des protagonistes, accomplit une « décristallisation » de la sexualité, au sens gidien.

 

 

Bernard Buffet, Les Oiseaux, L’Autruche., 1959. Courtesy Galerie Maurice Garnier.

 

 

Les Oiseaux, L’Autruche (1959) opère une sorte de parodie des Amours mythologiques. Lascive, les yeux clos, une femme s’abandonne avec désinvolture, sous la présence menaçante d’une autruche. Les oeufs qui jonchent le sol sont associés à l’animal autant qu’à la figure féminine. L’acte sexuel, que l’on devine imminent, est placé dans un schéma utilitariste qui vise la reproduction. Buffet décrit une sexualité sans plaisir, bestiale, obéissant à un besoin primaire.

 

Bernard Buffet, Les Folles, Folles aux bas mauves., 1970. Courtesy Galerie Maurice Garnier.

 

 

Le thème de la prostitution exemplifie parfaitement la soustraction, dans l’union charnelle, du désir à une fin. Les Folles (1970) sont figurées dans une posture d’exhibition qui paraît routinière. Leurs apprêts tiennent du costume, reflétant un érotisme superficiel et théâtralisé.

La vulgarité décomplexée de la scène pourrait évoquer les peintures de prostituées d’Otto Dix, mais Buffet semble exprimer une forme d’empathie austère envers ses personnages, qui s’oppose à l’attitude moraliste du peintre allemand. Le regard évitant des deux femmes trahit une sincérité derrière la mascarade, qui ajoute à la composition une intensité émotionnelle.

 

 

Bernard Buffet, Le sommeil d’après Courbet., 1955. Collection Fonds de Dotation Bernard Buffet, Paris.

 

 

« L’érotisme est l’approbation de la vie jusque dans la mort » – Georges Bataille, L’Érotisme, 1957.

 

Paradoxalement, l’expressionnisme de Buffet est mis au service d’une représentation clinique de l’érotisme, où la sensualité, traditionnellement liée à la nudité, est troublée par l’aspect cadavérique des figures. Son interprétation du Sommeil de Courbet est la seule scène s’inscrivant dans une temporalité suivant l’acte sexuel. Mais le sommeil des jeunes femmes est permanent. Les fleurs ont flétri, le plaisir a été consommé, et l’être consumé. L’étreinte, amoureuse chez Courbet, devient mortifère, comme si l’union des corps avait épuisé toutes leurs ressources, ne laissant que des cadavres alanguis.

 

À travers une sélection pertinente, l’exposition nous invite à penser un érotisme dual, associant la jouissance à une forme de finitude. En proposant des représentations qui ne relèvent ni de la chasteté suggestive, ni d’une célébration joyeuse de la sexualité, Bernard Buffet met en péril le confort du spectateur-voyeur.

 

 

 

 

Galerie Maurice Garnier

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