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Kazuo Kitai, l’éloge du quotidien – Maison de la culture du Japon, Paris

À partir du 30 avril et jusqu’au 25 juillet la Maison de la culture du Japon à Paris consacre une rétrospective du photographe, encore peu connu en Europe, Kazuo Kitai. Photographe japonais majeur de l’après-guerre au Japon, l’artiste intitule son exposition L’éloge du quotidien. Celle-ci retrace plus de soixante ans de création, s’articulant autour de plusieurs thématiques qui révèle son regard humaniste posé sur la société japonaise.

///Chloé Hamon

Kazuo Kitai, Étudiant, série Barricades, Faculté des arts de la Nihon University, Tokyo, 1968, ©Maison de la culture du Japon

Dès la fin des années 1960, Kazuo Kitai s’impose avec une approche différente du reportage, il ne se concentre pas sur les évènements spectaculaires, il choisit de se placer au plus près de la population. Qu’il s’agisse d’étudiants en lutte ou de paysans opposés à la construction d’un aéroport, ses images captent moins la violence des affrontements que la dignité et la vie quotidienne de ceux qui y participent. Il affirme alors une éthique fondée sur la proximité et l’attention aux marges.

Kazuo Kitai, Onsen, série Paysages vaguement familiers, Yuzawa (dep. d’Akita), 1970, ©Maison de la culture du Japon

Dans les années 1970, son regard se tourne vers les campagnes japonaises en mutation. Alors que l’exode rural transforme profondément le pays, Kazuo Kitai documente des villages en voie de disparition sans céder à la nostalgie. Ses photographies révèlent un monde traversé par deux temporalités, celle d’un Japon traditionnel et celle d’une modernité en marche. En observateur attentif, il enregistre ces transformations donnant à voir une réalité complexe où le changement s’inscrit dans le quotidien.

Kazuo Kitai, Récolte du riz, série Vers les villages, département de Niigata, 1973, ©Maison de la culture du Japon

Le photographe s’intéresse ensuite aux banlieues et aux quartiers populaires, que ce soit à Tokyo ou à Osaka. Kazuo Kitai s’attache à saisir la vie ordinaire des habitants en s’attardant sur les intérieurs domestiques, les trajets quotidiens ou les scènes de rue. Loin d’idéaliser ou de dramatiser, le photographe restitue la coexistence de la banalité, de la mélancolie et de la vitalité qui caractérisent ces environnements.

Kazuo Kitai, Départ pour le travail, série Funabashi Story, département de Chiba, 1984, ©Maison de la culture du Japon

Enfin, ses travaux les plus récents témoignent d’un recentrement progressif vers l’intime. Photographiant son environnement immédiat, voire son propre intérieur. À travers ses expérimentations récentes, Kazuo Kitai interroge également sa propre pratique, cherchant à la renouveler tout en revisitant des œuvres de son passé.

Kazuo Kitai, I de IROHA, série IROHA, 2023 (phot de 1968), ©Maison de la culture du Japon

Cette exposition présentée par la Maison de la culture du Japon met ainsi en lumière le travail d’un artiste guidé par une volonté de saisir la vie telle qu’elle se déploie, aussi bien dans l’ordinaire que dans les bouleversements qui touchent la société japonaise.

Légende de l’image mise en avant : Kazuo Kitai, △ jaune de IROHA, série IROHA, 2024 (photo de 1968), ©Maison de la culture du Japon