Depuis le 5 septembre et jusqu’au 24 octobre, la Galerie Les filles du calvaire du 3e arrondissement présente Earth and Sky de Sungi Mlengeya, une artiste venant de Tanzanie. Ses toiles sont remarquables par leur taille mais par la composition de celles-ci, le contraste du corps noir avec des espaces blancs et vides.
///Chloé Hamon

Sungi Mlengeya est une jeune artiste qui vit et travaille en Tanzanie, autodidacte elle réalise ses toiles principalement à l’acrylique. Son œuvre se caractérise par des portraits monochromes de femmes noires où les formes et la peau sont mises en valeurs par l’utilisation d’un fond blanc uni
Earth and Sky est la première exposition monographique de l’artiste tanzanienne en France. La recherche picturale de Sungi Mlengeya est fondée sur une économie de moyens : des figures féminines sombres, seules ou à plusieurs, flottent dans des espaces ouverts qui semblent sans limites. Seuls les corps presque lisses et faits d’une seule teinte se détachent de la toile. Pourtant, plus longtemps le regard s’attarde, plus cet espace blanc cesse d’apparaître comme un simple fond. Il devient un lieu à part entière qui sculpte la forme et chargé de mémoire.

Cette série, présentée pendant plus d’un mois, a été conçue à la suite de la disparition de sa mère. Cependant l’artiste ne cherche pas tant à représenter le deuil qu’à observer ce qui demeure après la disparition : les gestes, les manières de penser ou les habitudes. L’absence n’est pas un vide mais une forme de présence inscrite dans les corps et les comportements de ceux qui restent et le titre « Terre et Ciel » renvoie à cette pensée.

La « terre » renvoie à l’enracinement, à ce qui nous précède et nous nourrit. Et le « ciel » ouvre sur un espace de projection où peuvent persister les présences disparues, mais aussi ce territoire mental où se construisent les héritages.
Entre les deux, les figures de Mlengeya semblent suspendues, elles portent avec elles une histoire qui se poursuit au-delà d’elles-mêmes.

La simplicité de ses œuvres met en valeur les gestes, les postures et les relations entre les corps. Son travail explore la mémoire, la transmission et la disparition, présentée comme une transformation plutôt qu’une fin. Le blanc et le silence deviennent ainsi des espaces où la présence, le passé et le futur peuvent coexister. Et les corps, de femmes, sont porteurs et vecteurs d’héritage et de mémoire.
Légende de l’image mise en avant : Sungi Mlengeya, Unbound, 2026. Vue in situ 4 © Rebecca Fanuele.

