Entretien (dé)confiné avec Jean Bedez : artiste des mondes pluriels, revisité depuis son atelier parisien

Entretien (dé)confiné avec Jean Bedez : artiste des mondes pluriels, revisité depuis son atelier parisien

À partir du 3 février 2021, les Beaux-Arts de Paris accueillent pour l’exposition virtuelle « De Sphaera mundi » un ensemble d’œuvres inédites de Jean Bedez, dont une série éponyme créée en 2019, ainsi que des œuvres exceptionnelles réalisées pour l’occasion. L’exposition, réalisée sous le commissariat d’Emmanuelle Brugerolles, offre une exploration cosmique revisitant des mythes, en résonance avec les collections de l’École.

L’occasion de (re)découvrir cet artiste des mondes pluriels, revisité depuis son atelier parisien.

 

“ Mes représentations atemporelles ont une dimension allégorique et symbolique. Je choisis des moments charnières dans l’Histoire où se jouent des changements profonds, où se construisent de nouveaux modèles. ” – Jean Bedez

/// Stéphanie Lemoine

Stabat Mater Dolorosa, 2013 Dessin à la mine de graphite, papier Canson 224 g/m2 .Encadrement bois blanc, Plexiglas 140 x 212 cm / 146 x 218 cm encadré Courtesy de la Galerie Suzanne Tarasieve, Paris et de l’artiste Jean Bedez © Photo. Rebecca Fanuele
Stabat Mater Dolorosa, 2013
Dessin à la mine de graphite, papier Canson 224 g/m2 .Encadrement bois blanc, Plexiglas. 140 x 212 cm / 146 x 218 cm encadré. Courtesy de la Galerie Suzanne Tarasieve, Paris et de l’artiste Jean Bedez © Photo. Rebecca Fanuele

 

 

Comment définiriez-vous votre appréhension du temps en général ? Dans votre travail créatif et son processus de réalisation mais aussi dans vos inspirations multiples et quotidiennes.

Le temps est une donnée importante, il se découpe de façon classique dans mon travail entre la conception, la réalisation et la contemplation. Si les œuvres dessinées que je produis sont très chronophages, le temps n’est pas une donnée que je subis ; tout l’enjeu repose sur sa maîtrise comme pour le jeu d’échec que je pratique depuis de nombreuses années et auquel je fais référence régulièrement dans mon œuvre. En 2014 avec l’exposition « L’Art du combat », je faisais référence à l’ouvrage fondateur des échecs de David Bronstein et avais envisagé l’espace de la galerie comme un plateau de jeu pour l’accrochage.

Le temps permet la maturation et l’exécution de mes projets. C’est le temps de l’attente et de la patience qui rappelle le temps fabuleux des alchimistes que j’évoque dans une série Opus Igni consacrée au Grand Oeuvre. Puis le temps change de substance et se trouve comme suspendu dans les sujets que je traite et qui font référence aux mythes, aux planètes à l’émergence de la catastrophe et du chaos.

Avez-vous ressenti un temps particulier du confinement par rapport au temps habituel de l’atelier ? Avez vous travaillé différemment pendant cette période d’ascèse et de relatif isolement ? 

Je dirais que cette période de confinement a étiré le temps, permis d’en regagner à certains égards. Les premières semaines ont été déstabilisantes comme pour beaucoup car avec les annulations et attentes de report, il a fallu repositionner certains projets et en imaginer d’autres. Mes journées ont été rythmées autrement mais je n’ai pas travaillé différemment : j’ai une pratique d’atelier solitaire, j’y passe de très longues journées et  sors peu. En cela, ma vie n’a pas vraiment été changée.

 

Constellation de la vierge, 2015 Dessin à la mine de graphite, papier 224 g/m2. Encadrement bois blanc, Plexiglas 150 x 100 cm / 155 x 105 cm encadré Courtesy de la Galerie Suzanne Tarasieve, Paris et de l’artiste Jean Bedez © Photo. Rebecca Fanuele
Constellation de la vierge, 2015
Dessin à la mine de graphite, papier 224 g/m2. Encadrement bois blanc, Plexiglas
150 x 100 cm / 155 x 105 cm encadré. Courtesy de la Galerie Suzanne Tarasieve, Paris et de l’artiste Jean Bedez © Photo. Rebecca Fanuele

 

On remarque dans votre travail à travers les figures antiques, mythologiques ou la permanence des ruines, qu’il n’y a pas toujours de repère pour dater les scènes ni les situer dans une géographie précise ; est-ce voulu et qu’est-ce que cela raconte de la vision qui s’y exprime ?

Mes représentations se veulent volontairement atemporelles car elles ont une dimension allégorique et symbolique. Je télescope volontairement les époques, les géographies en choisissant en effet des moments charnières dans l’Histoire où se jouent des changements profonds, des bouleversements politiques, religieux et culturels ; moments où sur les ruines d’une dynastie, d’un régime se construisent de nouveaux mondes ou de nouveaux modèles. Il s’agit aussi de donner à voir la marche répétitive de l’Histoire au travers de ses croisements et superpositions, l’ensemble des dessins ayant à terme l’ambition de former une fresque de ces temps de rupture et de catastrophe.

 

 

Comment actualisez-vous vos thèmes et de quelle manière se renouvellent vos motifs ou sujets que l’on découvre récurrents au fil de vos dessins et qui composent cette metamorphosis générale ?

Comme je l’indiquais, c’est l’Histoire y compris en train de s’écrire qui guide le choix des sujets, qu’elle soit religieuse, politique, scientifique ou cosmologique voire mythologique. Mon système de références et le choix des sujets est rhizomique : un détail, un thème secondaire dans le dessin peut devenir le cœur d’une série. Pour prendre l’exemple de la constellation de la vierge, on la retrouve dans le Stabat Mater avec une représentation de la Vierge tirée d’une tapisserie d’Aubusson, puis elle fait l’objet d’un dessin éponyme figurant les étoiles la constituant par des ballons de basket, et enfin aboutit à un projet d’exposition en 2018 « le Ciel nous observe » où le destin de la Florence des Médicis est placé sous le signe des planètes. Récemment, ce rapport à la cosmogonie m’a amené à m’intéresser aux dernières observations scientifiques du ciel et des planètes avec la série Di Sphaera Mundi inspirée de vues produites par la sonde spatiale Philae dans le cadre de la mission Rosetta. Cette série, présentée aux Beaux-Arts de Paris, est le contrepoint d’un nouveau triptyque inspiré d’une gigantomachie faisant combattre Héraclès, demi-dieu solaire contre un géant incarnant les forces des ténèbres, dans un fond chaotique envahi par la lumière noire d’une éclipse.

 

DOMINICANES, 2018 Dessin à la mine de graphite Faber-Castell, papier Canson 224 g/m2 .Encadrement bois, Plexiglas 254 x 127 cm / 271 x 144 cm encadré Courtesy de la Galerie Suzanne Tarasieve, Paris et de l’artiste Jean Bedez © Photo. Rebecca Fanuele

DOMINICANES, 2018

Dessin à la mine de graphite Faber-Castell, papier Canson
224 g/m2. Encadrement bois, Plexiglas. 254 x 127 cm.
Courtesy de la Galerie Suzanne Tarasieve, Paris et de l’artiste Jean Bedez © Photo. Rebecca Fanuele

« Les chiens de Dieu » représente le cloître du couvent San Marco figuré dans un amas de ruines où surgit une nature luxuriante à l’image du jardin d’Eden.  Les deux sphères figurent les planètes Uranus et Neptune, allusion aux éléments de la création : l’air et l’eau. Cette vision édénique pourrait se lire comme une version transcendée d’un certain bûcher des vanités, avatar des modernes, où le temps suspendu révèle un chaos originel.

 

 

De Sphaera Mundi V, 2019 Dessin à la mine de graphite Faber-Castell, gravure au laser, papier Canson 224 g/m2 Encadrement bois, verre anti-reflets 65x 40 cm / 66,5 x 42 cm encadré Courtesy de la Galerie Suzanne Tarasieve, Paris et de l’artiste Jean Bedez © Photo. Rebecca Fanuele

 

 

De Sphaera Mundi V, 2019

Dessin à la mine de graphite Faber-Castell, gravure au laser, papier Canson 224 g/m2
Encadrement bois, verre anti-reflets 65x 40 cm / 66,5 x 42 cm encadré.

Courtesy de la Galerie Suzanne Tarasieve, Paris et de l’artiste Jean Bedez
© Photo. Rebecca Fanuele

Véritable plongée dans le rêve cosmologique qui hante plusieurs oeuvres de l’artiste présentées dans sa précédente exposition « Le Ciel nous observe » (2018), des planisphères célestes du XIIème siècle se trouvent associées à la sonde spatiale Rosetta en orbite depuis 2014. Télescopant d’anciennes cartographies et la récente technologie spatiale ou encore l’astrologie médiévale, Jean Bedez projette dans le futur la mémoire du passé de l’humanité et de ses civilisations oubliées.

 

 

 

Hercule et Cacus I, 2020 Dessin à la mine de graphite Faber-Castell, papier Canson 224 g/m2 162 x 126 cm Courtesy de la Galerie Suzanne Tarasieve, Paris et de l’artiste Jean Bedez © Photo. Rebecca Fanuele

 

 

Hercule et Cacus I, 2020

Dessin à la mine de graphite Faber-Castell, papier Canson 224 g/m2. 162 x 126 cm.
Courtesy de la Galerie Suzanne Tarasieve, Paris et de l’artiste Jean Bedez
© Photo. Rebecca Fanuele

Jean Bedez explore de nouveau l’univers des mythes en mettant en scène le combat d’Hercule et du géant Cacus. Dans cette gigantomachie réinventée d’après une statue de Michel Ange, sa version revisitée confère au duel une dimension cosmologique. Dans un paysage des origines de la création, la lumière surgit métaphoriquement des ténèbres, les astres et les éléments participent au triomphe du demi-dieu en intensifiant la dramaturgie de la scène.

 

 

 

 

 

 

 

 

Beaux-Arts de Paris

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